• Vincent Jacques

De l'avantage de l'anglais

Ce texte écrit par Den Drown, natif des Etats-Unis, pose la question de l'étique autour de la domination de la langue anglaise dans le monde.

Je suis citoyen des États-Unis, et j'en suis fier. Je suis fier également parce que notre pays est important dans le monde d'aujourd'hui. En revanche, ce dont je ne suis pas si fier, c'est la manière avec laquelle nous maintenons cette place dans le monde...


Je veux parler ici de l'usage de l'anglais comme outil de communication dans le monde. Il faut le reconnaître : je suis privilégié. Nous, Étasuniens, sommes tous privilégiés. Nous constituons une certaine élite : nous dominons le monde entier et continuerons de le dominer, car les autres ne pourront jamais communiquer aussi bien que nous. Les locuteurs des autres langues travaillent souvent durant des années voire même des décennies pour y parvenir, mais jamais ils ne parviennent à atteindre notre aisance à communiquer.


Les locuteurs non-anglophones pensent souvent parler parfaitement notre langue, mais entre nous, nous plaisantons en cachette de leurs erreurs. J'aimerais leur dire : "Ne voyez-vous pas ce que vous faites ? Vous vous privez vous-mêmes de votre pouvoir de communiquer ! C'est vous qui nous placez au-dessus de vous." Et tant que cette état de fait persistera, nous resterons supérieurs : nous continuerons de dominer le monde.


Mais voilà, je ne suis pas satisfait d'appartenir à l'élite. Je suis américain mais je ne suis pas intéressé par la domination du monde. Citoyen des États-Unis, je suis aussi citoyen du monde. Vous autres, où que vous soyez, je vous considère comme des amis, comme des frères. Je ne veux pas être placé au-dessus de vous du fait d'un avantage de naissance injuste. Je serais beaucoup plus heureux de marcher à vos côtés et ainsi nous pourrions partager nos cultures, l'un avec l'autre ; nous pourrions être à égalité et nous respecter l'un l'autre.


Pourtant, vous, les non-anglophones, vous le refusez. Vous semblez aveugle face à la réalité des choses, à savoir que les hommes semblent toujours moins intelligents lorsqu'ils parlent dans une langue étrangère, à une personne pour qui c'est la langue maternelle. Sauf si vous avez résidé plusieurs années dans un pays anglophone, vous ne maîtriserez jamais ses règles non-écrites, les nombreuses expressions idiomatiques ainsi que les subtiles nuances de la langue.


Une langue nationale est un labyrinthe générateur de confusion pour l'étranger. C'est comme la peau d'un oignon : quand vous avez enfin compris un aspect de la langue, vous pouvez être certain qu'en dessous se trouvent des exceptions et des nuances encore plus complexes.


Je ne dis pas qu'il ne faut pas apprendre l'anglais : c'est une langue riche et superbe, les peuples qui la parlent sont affables, et leurs cultures très intéressantes. Mais comprenez que cette langue ne convient pas comme outil pour la communication internationale. Pensez aux personnes de votre pays qui font des erreurs dans leur propre langue. Pensez aux erreurs que vous faites vous-même dans votre langue maternelle. Croyez-vous que des locuteurs non-natifs seraient capables de vous égaler facilement ? Est-ce dans un tel monde d'injustice que vous voulez vivre ? En tant que citoyens du monde, en tant qu'humanité, sommes-nous fiers de ce monde où certains sont privilégiés de par leur simple naissance ?


Je voudrais ajouter une réflexion sur ce monde que nous contribuons à façonner. J'ai commencé par parler des États-Unis, mon pays, et de son importance dans le monde. Pourquoi est-il aussi puissant ? Je pense que la raison principale se trouve dans notre force. Pas uniquement la force militaire, mais aussi la force dans le commerce, les relations diplomatiques, les beaux-arts, les sports et une quantité d'autres domaines.


Et pourquoi les Etats-Unis sont-ils si forts dans tous ces domaines ? A mon avis, c'est parce que notre pays se compose de 50 États. Ces États collaborent, communiquent, mettent en commun leurs diverses forces et forment ainsi une union beaucoup plus forte que la somme des 50 États eux-mêmes.


Nous voyons maintenant une même prise de conscience de l'Union européenne. Je vous invite à réfléchir à notre monde. Comment est-il ? Comment pourrait-il être si nous, les citoyens du monde, nous pouvions communiquer efficacement et ainsi nous comprendre et partager nos divers points forts ? J'estime qu'un tel monde, juste et fraternel, est impossible en s'appuyant sur une langue nationale comme outil de communication international.


Extrait d'un article de Den Drown, publié initialement dans le magazine Esperanto USA, Numéro 3, 2001 (texte anglais publié ici).

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